Pour des raisons que j'espère, vous comprendrez, je ne poursuivrais pas sur le mode du journal de bord quotidien, certaines soirées se finissant trop tard et certaines journées se révélant trop remplies...Réveillé pour la quatrième fois par l'éclat du soleil à travers les hautes fenêtres, j'émerge d'un sommeil réparateur. Il est 12h30, la journée est déjà bien entamée, mais je déculpabilise en me disant que j'en aurais bien profité hier soir. Toutefois le reste de la journée se montrera aussi palpitant que cette matinée. Je parcours le quartier Nusle (où se situe la rue Svatoslavova, emplacement de mon lieu de résidence temporaire) situé pour un grande partie sur une longue pente de la capitale tchèque. Désireux de connaître la route menant de "chez moi" au centre ville, je débouche au détour d'une rue sur un petit parc de verdure situé au pied d'un bâtiment tenant plus de la villa romaine que du bâtiment administratif (ce qu'il était) dont les murs se confondent avec le parc tant ils sont recouverts de lierre et autres plantes grimpantes. Pris d'une subite envie de ne pas monter plus avant la pente, je sors mon livre du moment et me couche sur l'herbe, au chant des oiseaux, entouré de clochers sculptés et de façades peintes. La lumière içi est telle que je n'ai quitté ce parc qu'une fois que la lecture fut rendue difficile par le crépuscule. J'ai suivi les lignes du livre au rythme des teintes mordorées d'un soleil d'après-midi d'été mourant sur les édifices de couleur.

Vue de Staromestské Namesti
Autre après-midi, autre endroit, c'est avec Emilie et Yves, à la terasse d'un "restaurace" autour d'une pinte, que ce même soleil nous fera la joie de succomber sur les tours effilées et les statues de la namesti Staromestske (prononcer "namiesti Chtaromiestchké"... essayez plusieurs fois...). C'est de cette terrasse que nous vîmes la ville de nuit succéder à celle du jour. Les visages changent, se maquillent, les vêtements s'embellissent et les gens sourient...
au contraire de la jolie serveuse à qui nous avions affaire, à qui il a fallu prononcer quelques mots de tchèque pour voir se courber ses lèvres.
Emilie et Paméla, nouvelles colocataires
Au rythme des soirées, j'ai fait la connaissance de toute l'équipe du C.I.A.N.T. (Centre International d'Art et de Nouvelles Technologie) qui mêle, par le biais d'évènements de grande envergure, l'art sous toutes ses formes (danse, cirque...) avec des procédés techniques modernes (motion capture...). Durant ma recherche d'appartement, mademoiselle Ranfaing (Paméla de son prénom, originaire de la Marne) qui est sur Prague depuis bientôt trois ans, m'a accordé le droit de rester chez elle le temps qu'il faudra. Je loge donc depuis environ une semaine dans un chramant salon, dans lequel m'a rejoint Tine, la copine de Ben (frère d'un de mes meilleurs amis, Pierre). Tine est sur Prague pour six mois, pour un stage dans une agence de design tchèque, SIRIUS. Il s'avère que c'est une agence qui vend des meubles et produits fait par des designers. Je n'ai pas pu résister à l'accompagner tout de même.
Guillaume, Yves, moi et Emilie
L'agence, outre des locaux situés dans une cave voûtée et possédant une petite cour intérieure, dispose d'un choix de mobilier époustouflant, non par la quantité, mais par les formes. Le design tchèque se veut excentrique (exemple : un lustre fait de tiges de métal sur lesquelles viennent s'enrouler les fils électriques qui soutiennent à eux seuls la dizaine de douilles, elles-mêmes pourvues de petites ailes d'ange d'environ 5 cm d'envergure, où on vient visser son ampoule... prix : 90 000 Kc) ou épuré (exemple : un canapé en deux tons de marron, en forme de U aux extrémités effilées et arrondies, à l'intérieur duquel vient se placer un repose-pieds ellipsoïdal aux mêmes caractérisiques... prix : 500 000 Kc) je n'ai pas pu prendre de photos, s'agissant plus d'un magasin que d'une agence. Par le biais de Paméla, nous avons donc pu faire connaissance avec une bonne partie de la communauté française de Zizkov (nom du quartier de Prague où nous sommes), comme Christophe, qui a étudié le cinéma à Aix-en-Provence, auteur de nombreux courts métrages, Guillaume, ancien stagiaire au C.I.A.N.T. et guitariste du fameux "boys band" tchèque U.D.G. ou encore Benoît, stagiaire au C.I.A.N.T. pour un an mais étudiant rennais en cinéma. Paméla ayant une chambre à louer, Emilie et Yves ont emménagé pour disposer d'une semaine de vraies vacances bien méritées.
Au fil des déménagements entre appartements de toute cette communauté, Tine et moi avons découvert le "Czech'Inn" un hôtel-restaurant-bar-cybercafé très agréable (où nous avons pu poursuivre nos recherches d'appartements via les nombreux sites web à notre disposition) à l'intérieur épuré et très bien tenu.
Il est exactement 18h, la cité aux cents clochers fait vibrer son nom dans les ruelles. L'horologe astronomique vient elle aussi de se mettre en marche, vidant la place Staromestské de ses badauds pour se les accaparer. Ignorant le manège des apôtres de l'horloge qui attise tant la curiosité, je profite de la mélodie engendrée par les instruments qui sont l'âme de la ville au pied d'une gigantesque statue, une sorte de Radeau de la Méduse où les protagonistes auraient revêtu des robes de bure. Les dorures des façades remplacent un soleil qui ne s'est que trop brièvement montré. Les cloches m'ont apaisé et pourtant, c'est sur cette même place que, quatre heures auparavant, m'ont téléphone portable m'était subtilisé. La photo ci-dessus montre l'hôtel qui me faisait face.
Nous venons de finir de délicieuses assiettes de pâtes -rien d'exceptionnel jusque-là- dans un cadre somptueux. Assis sur deux fauteuils rouges et faisant face à une table basse en merisier, nous sommes au Globe, cette fois un bar-restaurant-bibliothèque-cybercafé. C'est un endroit rouge, des murs jusqu'au t-shirts des serveuses, avec quelques touches de blanc pour les murs et leurs feuilles d'acanthe, d'ocre pour le plafond, avec mobilier et sol en bois sombre. Le plafond y est si haut qu'un mezzanine y est installée, nous avons d'ailleurs failli nous y installer, avant de répondre aux appels des deux confortables fauteuils suscités. Donc rien de particulier hormis un endroit où on laisserait passer les heures sans se lasser, tant on s'y sent bien, délicieusement happés dans les assises, dans la chaude lumière de ces fameuses lampes-rochers diffuseurs d'ondes positives. Dernière chose et non des moindres, le menu est uniquement en anglais.
Autre chose remarquable, avec un petit bond en arrière de quelques heures, nous sommes au Lehkà Hlava (prononcer Lerkaa Rlava, traduction de "clear head") un restaurant végétarien. Nous avons rendez-vous pour un brunch entre "expatriés" où l'anglais est de rigueur. Ainsi, de 11h30 à 15h, le cinéma, la viande, la bière, l'immobilier, les jeux vidéos, les acteurs, la France, le Canada, le Japon et la République Tchèque ont réuni la dizaine de personnes que nous étions. Vous entrez de la rue pavée ornée de deux flammes votives (dont j'ignore toujours la signification) dans un lieu où tous les plafonds sont voûtés et s'entrecroisent, donnant lieu à des angles étranges mais harmonieux. Nous avons successivement visité la première salle, où il fait très sombre et où la seule lumière douce émane des tables, dont les néons bleu et violet se reflètent dans les billes plates situées sous le verre supérieur de la table. Nous passons ensuite dans la salle du brunch, où la voûte est peinte de bandes de couleur aussi diverses et variées qu'un manteau d'arlequin, et d'épaisseurs différentes. La seule et unique table de cette pièces est formée d'un pilier central rempli d'eau dont la teinte change, soutenant une surface vitrée aux contours sphériques. Hypnotique. S'ensuit la dernière pièce, où on accède en traversant une cuisine centrale où se fait le self-sevice. Dernière salle qui est -littéralement- une voûte étoilée. Les centaines de petites ampoules faisant office d'éclairage pour les clients assis sur un mobilier argenté d'inspiration futuriste. Les restaurants végétariens sont rares dans la capitale d'un pays où la viande est la base de tous les plats, mais il semble que chacun aie sa propre ambiance, qui transforme ces lieux en endroits "branchés" où l'on peut rencontrer toutes sortes d'individus au tempérament un tant soit peu artistique.
La suite de cet article n'ayant été qu'écrite sur mon road book j'ai été assez bête pour le perdre, vous ne connaîtrez pas la suite, et je ne la connaitrais plus (à moins que je ne retrouve mon précieux road book aux objets trouvés...) je vous prie d'excuser ce brusque bond en avant dans le temps.Ce samedi 7 je me suis rendu à un très gros évènement de design appelé Designblok 2006, qui réunissait bon nombre de créateurs internationaux renommés mais surtout (et c'est là l'intérêt) des designers tchèques. Cette photo ci-dessous est censée vous donner un petit aperçu, mais je vous invite à visionner l'album du même nom pour en voir un peu plus.